
En nous rendant à deux reprises dans la région d’Avignon ces dernières années, nous y avons à chaque fois logé (en deux lieux différents) à proximité d’arbres remarquables. Ces arbres qui l’un et l’autre avaient traversé les siècles étaient impressionnants par leur taille, leur allure, leur robustesse et par la capacité qu’ils avaient démontrée à affronter les vents pourtant pas piqués des hannetons qui soufflent en cette partie de la vallée du Rhône. Ils avaient vu des rois, des empereurs, des présidents, des guerres, des morts… Des naissances et des progrès aussi…
Et toujours ils s’étaient adaptés, renforcés et avaient grandi jusqu’à atteindre une taille respectable qui donnait envie de s’en approcher et qui rassurait tant ils dégageaient de force tranquille, de sérénité…
Peut-être les avait-on quelque peu guidés au départ : un tuteur, quelques tailles juste pour les structurer… On leur avait surtout permis de vivre leur vie d’arbres, de s’alimenter, de déployer tant leurs racines que leur branches… D’autres arbres les avaient protégés, les feuilles mortes avaient enrichi leur sol… Ils étaient devenus des géants. Des géants qui ont survécu à ceux qui les avaient semés… qui les ont dépassés…
Le bonsaï est quant à lui un arbre miniaturisé par différentes techniques (taille des branches et racines, gestion des apports nutritifs…) dont la forme est modelée par d’autres techniques (ligature), afin d’en faire une œuvre d’art esthétique ressemblant à l’arbre dans la nature (source : wikipédia).
Espace limité, taille des branches, faibles apports nutritifs, ligatures … Les techniques qui permettent de fabriquer des nains sont connues. Notons qu’elles nécessitent plus de travail et d’attention que les techniques qui font les géants…
Et s’il y avait là une métaphore (toujours insatisfaisante : ce n’est qu’une métaphore) de deux conceptions managériales … et de leurs effets ?
Et si certains managers ne donnaient pas à leurs collaborateurs l’espace dont ils ont besoin pour s’épanouir ? Et s’ils leurs coupaient les branches, les ailes, les idées et l’envie d’en avoir ? Et s’ils le faisaient parfois de peur qu’ils leurs fassent de l’ombre ? Et s’ils ne leur permettaient pas de s’enrichir d’apports nutritifs pourtant plus facilement accessibles que jamais auparavant ? Et s’ils les ligaturaient pour qu’ils prennent la forme qu’eux-mêmes désirent leur voir prendre et ne puissent déployer tout leur potentiel, exploiter tous leurs talents ?
Et si d’autres donnaient à leurs collaborateurs leur juste place et veillaient à leur en offrir plus ou une autre dès qu’ils les voient dépérir ? Et si, loin de leur couper les branches, ils les soutenaient ? Et s’ils veillaient à des apports nutritifs réguliers avant de développer la capacité de leurs collaborateurs à s’auto-alimenter ? Et si, au lieu de les ligaturer, ils identifiaient leurs potentiels et leur permettaient de grandir dans la direction qui leur convient ?
Et si manager revenait à se demander si on veut fabriquer de chronophages bonsaïs dépendants et atrophiés ou favoriser l’épanouissement d’autonomes géants pleins de ressources ?
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